Décryptage sans complaisance de l'actualité.
La semaine de tous les dangers. C’est l’affrontement inévitable, la confrontation espérée par chaque protagoniste, trop longtemps différée pour se réduire à quelques escarmouches. La troisième manche de ceux qui croient encore possible une revanche sur le calamiteux printemps 2007 et la défaite de leur candidate d’opérette. Ils ne livreront pas un baroud d’honneur, ils cracheront leurs tripes pour faire reculer un gouvernement dont ils ont pris la mesure et décelé la faiblesse.
Le premier qui mettra genoux à terre ne se relèvera pas le temps de ce quinquennat. Il se condamne à la figuration.
Les syndicats n’ignorent pas que le temps joue contre eux. L’inéluctabilité des réformes gagne du terrain même chez les moins avisés de nos concitoyens. Mais le gène frondeur agit comme un catalyseur chez ceux qui craignent d’être les prochaines victimes de réformes dont le train suivant pourrait les embarquer. Alors réflexe de « classe » oblige on préfère se dédire, rejoindre la contestation et renier son propre vote. C’est en capitalisant sur ce réflexe que les syndicats vont tenter d’élargir une mobilisation à la base bien étroite. Pas gagné !
Le gouvernement joue sur le velours de l’impopularité croissante de mouvements dont la répétition déconsidère les acteurs. L’opinion est préparée à traverser une zone de fortes turbulences. Sa versatilité n’étant que l’un des deux dangers qui guettent nos dirigeants. En 1995 Juppé en fut la victime autant que du lâcher chiraquien. Mais un autre paramètre va compliquer la tache du gouvernement. C’est l’omni présence présidentielle. Monsieur je-me-mêle-de-tout peut se révéler son propre meilleur ennemi. Il n’est qu’à voir sa précipitation à arracher quelques infirmières de Libye, quelques journalistes du Tchad, à distribuer quelques fifrelins aux marins pêcheurs ou à absoudre les internes en médecine pour leur caprices d’enfants gâtés pour craindre qu’il ne confonde vitesse et précipitation et s'approprie le problème de la rue si la mayonnaise de la contestation syndicale prenait.
Rien ne serait plus prédictible si le vibrionnant président se risquait à entrer dans la mélée. Son impatience se transformerait vite en exaspération et l’impétuosité élyséenne créerait les conditions d’un dénouement hasardeux. Au Guilvinec, face à quelques pêcheurs insolents, on a cru lire sur des lèvres blêmes : « retenez moi ou je fais un malheur ». Qu’en sera-t-il après demain face à des centaines de milliers de manifestants ?
L’heure a enfin sonné du Fillon. Qu'il le laisse gouverner !