Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Que penser de cette initiative de noter les ministres à intervalles réguliers ? Quel patron ne fixe-t-il pas des jalons à ses collaborateurs pour contrôler l’accomplissement de leur performance ? A ce titre on aurait tout lieu de se réjouir d’apprendre que les plus hauts responsables politiques de ce pays sont soumis à une évaluation de l’exécution de leur mission.
Et pourtant on pressent bien que quelque chose cloche dans cette assimilation d’un homme politique à un responsable d’entreprise. La sphère publique est-elle régie par les mêmes lois que le privé où s’en affranchit –elle parce qu’elle concerne des sujets qu’on ne saurait faire rentrer dans des cases ?
D’abord cette évaluation existe. Le métier de ministre est éminemment temporaire, la durée de vie – quelques années au plus - démontre que la sanction tombe vite, la promotion aussi. Donc ces gens sont évalués. Par ailleurs la notation par le premier d’entre eux n’est pas un gage de stabilité. Il suffit que ce dernier ait déplu pour que tout l’échafaudage s’écroule.
Surtout on voit mal ce que cette soi disant transparence peut produire. La réforme n’est pas dans ce pays un exercice qui rende populaire celui qui s’y attelle. Juger exceptionnel la performance d’un ministre qui aura suscité une large impopularité n’est pas envisageable, ce qui semble interdire de fixer des objectifs en terme d’efficacité. Parce qu’il est notoire que l’efficacité se mesure sur le moyen terme à lors que la popularité est d’une mesure instantanée.
La mauvaise idée, parce que s’en est une, c’est de mettre la pression sur le politique – qui n’en a pas besoin, souffrant déjà suffisamment de ce mal là – pour des réalisations à court terme, bien avant les changements profonds dont le pays a besoin.
Alors réintroduire la dictature du « quaterly EPS » bien connu des managers internationaux dans un monde qui y avait échappé n’est certainement pas une bonne idée. A moins de prévoir de faire coter au Dow Jones l’entreprise France.