Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Mais à qui causent –t-ils ? Ils sont sur tous les postes, sur toutes les antennes, on n’entend qu’eux mais on n’y comprend couic ! Vu avec le détachement qu’autorise un job sédentaire, quand le bureau jouxte la chambre à coucher les discussions enflammées reproduites sur nos écrans petits ou grands sont un tantinet surréalistes.
Bertrand le chou-chou du président est omni présent, toujours bien mis, rasé de près, la coupe sélecte et l’assurance d’être reçu cinq sur cinq par la majorité qui a propulsé son chef à l’Élysée. Il cause à ces gens là, il sait leur exaspération et quand ils semblent parler aux grévistes, aux leaders syndicaux c’est à monsieur tout-le-monde qui a passé des heures de galère qu’il s’adresse. « Je discuterai quand la grève aura cessé ! » Pense-t-on un seul instant qu’il convaincra les jusqu’aux-boutistes de Sud ou de la CGT de s’asseoir gentiment à la table des négociations avec ce genre de Bristol ? Pas un instant.
Le leader de la CGT n’est pas en reste. Un Didier - du même nom ça ne s’invente pas – ânonne son catéchisme, tout droit sorti d’un manifeste du parti du temps où Georges Marchais opérait. La lutte de la classe ressuscitée citée sur les antennes pour les camarades qui n’avaient- pas connu les vrais grands messes communistes. Ça vous ressoude des militants, ça réchauffe des cœurs flageolants ces diatribes pour base déboussolée d’entendre que leur Thibault cause là haut avec le Sarko. Alors le coco gogo se rassure. Le Reste est une valeur sure. Il ne vous lâchera pas.
Aucun dialogue, même que leurs mots n’ont pas pour le premier le même sens que pour le second. Ils sont sur les mêmes ondes, sur les mêmes télés, parfois l’un en face de l’autre, mais ils ne se parlent pas : ils causent à leurs gens, du moins le croient-ils. Mais sont-ils surs que leurs ouailles les écoutent encore, qu’ils ne se parlent pas tout seul, dans le vide ?