Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Il est loin le temps où la Fnac était un repère à trotskistes, et appliquait le management subversif. La «cause commune avec le consommateur » chère à Essel et Théret a été exclue de la normalité dans la quelle s’est diluée l’entreprise phare des précurseurs de mai 68. Depuis longtemps déjà l’exception culturelle ne franchissait plus les portes de ce temple de la distribution des biens du même nom. A ceux qui en douteraient le survol des conclusions de la mission conduite par l’actuel PDG ôterait toutes illusions et feraient retourner dans leurs tombes feus ses prédécesseurs.
Invité par Sarkozy à édicter une éthique du comportement sur le Net, D. Olivennes s’en est
tenu à reproduire son catéchisme de distributeur dont il avait tiré un opuscule : «La gratuité c’est le vol». Puisque tout a un coût, il ne saurait y avoir de free lunch, selon la doctrine libérale.
Limpide est la démonstration qui conduit à punir les délinquants qui se livrent au piratage des œuvres de l’esprit dont fait grand commerce notre gauchiste repenti. La gratuité tue la culture dont notre énarque est le parangon : "que cesse le téléchargement libre et la contrefaçon qu’il a légitimé" explique Olivennes et les artistes retrouveront leur dignité, leur capacité de créer, et l’esprit des Lumières rejaillira su la Ville.
L’antienne est connue et viciée à la base, le postulat est erroné et Olivennes comme tant d’autres confond la cause et l’effet. Ce n’est pas l’oeuvre qui est volé par le délinquant c’est l’auditeur qui fait l’œuvre. A quoi sert-il de créer si ce n’est pour être exposé, lu, écouté, admiré, copié, imité ! Et l’artiste qui se complairait dans l’autisterie n’aurait en rien contribué à la diffusion de la culture dont le PDG de la FNAC s'auto décerne l'auréole du saint sauveur.
Pas plus qu’un admirateur de Picasso ne contrefait le maître quand il affiche une reproduction à deux sous, pas plus qu’une teen nager ne vole Chanel quand elle exhibe le faux tee shirt aux sigles de la marque, ou le faux Vuitton rapporté de Vintimille, l’ado qui télécharge son chanteur ne fait de l’ombre à son idole. Non, car dans aucun de ces cas le délinquant n’aurait acquis l’original, proposé à des prix incluant des marges exorbitantes. Et monsieur Olivennes faisant son beurre de l’exploitation de ces acheteurs compulsifs est mal placé pour édicter les règles éthiques.
La décence eut commandé que ce rapport ne soit pas confié à un opérateur mercantile dont le but avoué est de maximiser son profit. On l’attendait sur l’exception culturelle, il nous propose du « business as usual ».
Là où sont Essel et Théret on ne doit pas être fier de lui.