Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Seul un non fumeur a pu imaginer que par la seule force de la loi un accroc au tabac se forcerait à se sevrer. Certains y arriveront, d’autres essaieront mais la majorité vivra avec son addiction.
Ce que la loi changera c’est le regard des autres sur l’espèce des fumeurs officiellement menacée d’extinction. Les 9 millions qui se sont auto condamnés à en griller une sont devenus depuis ce matin les pelés, les galeux, que la société met à son ban. Ils sont une minorité désignée du doigt par leur entourage, détectée par leur odeur, identifiée par la couleur de leurs dents.
On nage en plein paradoxe. Un comportement somme toute bien innocent en comparaison des dangers que comportent nombre d’activités humaines encore autorisées. Descendre un escalier, s’ébouillanter avec l’eau du bain, copuler avec frénésie sans même envisager de prendre sa voiture, conduit tous les ans plus de dix mille français de vie à trépas. C’est beaucoup plus que ce que les plus pessimistes imputent au tabagisme passif.
Dans un pays qui a fait de la lutte contre les discriminations un cheval de bataille, qui interdit d’enregistrer les caractères ethniques de chaque individu, qui ignore les pigmentations de peau, l’appartenance religieuse comme les habitudes sexuelles le fait de fumer expose à un fichage par 200.000 agents assermentés à cet effet.
Y aura-t-il un candidat pour faire entendre sa différence dans un concert où le politiquement correct consiste à reprendre le même refrain. A l’évidence Bové, le dernier entré en piste, pourrait sans renier ses habitudes clamer que, si il était élu, il retirerait cette loi inutile et s’en tiendrait à la loi Evin. 9 millions de fumeurs, c’est 30% des électeurs. Sacré nom d’une pipe !