Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Erika, connaît pas ! C’est la thèse que Total, le fleuron du capitalisme français va défendre devant le tribunal. C’est son droit. C’est même, sans préjuger de l’issue des débats, une position juridiquement tenable. Laissons les experts s’étriper et sans attendre les dix années qui seront nécessaires aux tribunaux pour trancher osons quelques questions.
Total est-il responsable ou coupable dans cette catastrophe ? A-t-il comme pour AZF usé et abusé de sa situation ultra dominante pour s’opposer à l’Etat de droit ? Est-il moral que le premier contribuable du pays s’arroge le droit d’en être le premier pollueur ?
Les indices sont troublants : l’activité pétrolière est l’une des seules activités industrielles à demeurer intégrée. Que ce soit la détection des gisements, leur exploitation en passant par le raffinage, puis la distribution et la commercialisation des produits dérivés, Total en reste directement et exclusivement le maître d’oeuvre.
Un seul chaînon est manquant dans cette longue succession d’opérations, c’est le transport maritime. Et pourtant c’est tellement simple de remplir un tanker aux Emirats et de le décharger au cap d’Antifer. Alors pourquoi la compagnie, experte dans des métiers beaucoup plus complexes, fait-elle appel à des sociétés tiers dont il est patent qu’elles doivent jouer avec la sécurité pour proposer des prix minorés ? Ramené au prix du litre à la pompe le coût du transport est insignifiant et le gain obtenu en affrétant des navires poubelles ridicule au regard des risques encourus.
C’est probablement le mot clé du débat : Total ne veut pas assumer le risque écologique lié à une éventuelle catastrophe maritime. Instruite par les précédents du Torrey Canion, de l’Amoco Cadiz et autre Exxon Valdez la compagnie a préféré se laver les mains des éventuelles marées noires que ses cargaisons pourraient occasionner. Et comme le montre la catastrophe de l’Erika, elle n’a pas manqué de flair.
A la veille d’annoncer les plus grands bénéfices de toutes les entreprises françaises Total voit se braquer sur elle des projecteurs qui jettent comme un soupçon d’amoralité dans la publication de ses résultats.
S’il y a un qualificatif qu’on ne pourra pas lui attribuer, c’est celui d’« entreprise citoyenne » !