Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Les jeux ne sont pas encore fait que l’on peut sans craindre d’être désavoué par les urnes annoncer la reconfiguration du paysage politique.
Le lendemain du second tour sera cruel pour la gauche. Les deux partis qui ont façonné notre vie politique pendant plus d’un demi siècle vont subir le contre coup d’un rejet massif des options qu’ils représentent par un électorat peu dupe de leurs vieilles lunes.
D’abord un parti à la dénomination incongrue, si ce n’est provocatrice. Un parti qui se prétend communiste, alors que cette idéologie ne peut plus régner qu’à l’ombre de quelques sanglantes dictatures. Le parti de Mme Buffet va sombrer avec sa secrétaire. Ses oripeaux et ses dépouilles seront disputés par des ayant droits incapables de s’entendre avant l’élection sur la présentation d’un candidat commun et dont on sait qu’il se déchireront pour faire main basse sur le trésor du PC. Les municipalités rouges et le flux financier associé assureront à ceux qui se l’approprieront un trésor de guerre propre à exciter les convoitises des vautours qui guettent les derniers spasmes du moribond.
La gauche de la gauche défendra ses idées aux antipodes de l’économie de marché. Elle continuera à laisser croire que les libertés peuvent être préservées quand l’économie est dirigée. Alors que nulle part cette chimère ne s’est concrétisée. Elle prétendra distribuer sans expliquer comment elle peut produire. Elle invoquera la main mise sur le capital des grandes sociétés en oubliant que les flux informels peuvent se délocaliser instantanément et assécher la substance vive des entreprises industrielles et plus vite encore celle des entreprises du tertiaire. La possibilité d’une mondialisation avec un secteur productif nationalisé n’est pas une illusion c’est une utopie. L’autarcie serait la solution mais à quel prix ?
La gauche du PS qui a refusé l’aggiornamento réalisé par les partis socialistes européens viendra grossir les rescapés du PCF aux quels les anti libéraux d’extrême gauche se rallieront pour bénéficier de la manne communiste au soir de l’annonce de son décès. C’est dans un nouveau parti anti libéral situé aux limbes de l’archaïsme et de l’utopie que vont se réunir les Besancenot, Fabius, Emmanuelli et Laguiller et autres Bové pour « trotskyser » en rond.
Quand au parti d’Epinay, il est aussi en voie de désintégration. Sa culture du compromis lui a permis de survivre au séisme du non à la constitution européenne. Mais la scission entre les partisans de l’économie de marché teintée de quelques additifs keynésiens et les nostalgiques de l’économie dirigée est inscrite dans l’après 8 mai. Le rabibochage à des fins électoralistes du congrès du Mans ne résistera pas à l’échec de Marie Ségolène. Les sirènes de Bayrou n’auront fait que mettre en évidence le schisme qui couve au PS. L’implosion du parti en une frange social démocrate et un groupe étatique ne serait évitée que si les urnes donnaient au PS une majorité de députés. Mais alors comment conduire les réformes promises par un candidat de droite ou du centre si l’assemblée nationale était à gauche. Une dissolution viendrait mettre un terme à ce bégaiement.
L’aggiornamento tant attendu est donc pour demain. Au PS comme à l’UDF ils s’y préparent fébrilement. C’est la chance de Bayrou. Son parti croupion est condamné à la figuration lors des législatives qui suivront le 6 mai. Mais son statut de présidentiable lui donne un insigne avantage sur son concurrent du PS, Strauss Kahn. Nul doute que le béarnais saura profiter du momentum acquis par sa performance inattendue du premier tour pour tenter l’OPA à son profit. On le voit déjà grand chef de l’opposition, le ténor du non ! D’ailleurs la posture d’opposant lui sied comme un gant. Lui dont on cherche en vain à citer une seule réalisation, hormis de ne pas avoir voté le dernier budget. Il a réussi à se faire un nom en critiquant, jamais en proposant. Le voila en futur chef de la gauche sociale démocrate, sous réserve de ne pas indisposer les éléphants survivants. Lui qui parle à l’oreille des chevaux devra témoigner que ses qualités ne s’arrêtent pas à la porte de ses écuries. C’est autre chose que de se coucher devant les syndicats.
Une France politique reconfigurée : c’est la clarification que cette élection va apporter. Deux partis au centre. L’UMP, centre droit héritier d’une tradition nationale et libérale, un UDF/PS reformaté en parti social démocrate au centre gauche, défendant les valeurs sociales dans une économie ouverte sur le monde réel et deux partis aux extrêmes sans vocation à gouverner.
L’alternance entre les deux formations du centre sera la clé de cette nouvelle donne. L’alternance que Bayrou propose de jeter aux orties s’impose en suite logique de sa stratégie qui a précipité l’implosion du PS.
Il n’en est certainement pas conscient, encore à la chimère de son impossible élection. Il devra se réveiller vite car au lendemain de son échec du 22 avril, il aura peu de jours pour abattre ses cartes et créer une dynamique de repolarisation autour de son camp. L’alternance c’est sa seule chance d’être président… en 2012. !