La CGT a raison de s’offusquer. Si les malversations dont elle est soupçonnée étaient avérées c’est l’État qui serait bel et bien visé. Cela fait 5 ans que les détournements à la SNCM sont dénoncés même que son ancien PDG a publié un livre * sur le sujet. On n’a pas entendu dire qu’il ait été condamné pour diffamation ! De toute façon tous savaient que l’État était là pour renflouer, et ils auraient bien eu tort de se priver de mettre la main dans la confiture. Avec leur salaire de misère il leur fallait bien des à-côtés. Ce n’est pas le camarade Gayssot qui les en aurait dissuadé.
Car si scandale il y a c’est sur l’omerta dont les gouvernements sont coupables. C’étaient des secrets de polichinelle mais la Cour des comptes était trop occupé à décompter les chandeliers du Palais Royal pour s’intéresser au détournement de fonds institutionnalisé par la CGT. Que Seguin passe pour une chèvre, ce n’est pas ici qu’on le plaindra. Si les exactions de ce syndicat n’ont jamais été dénoncées que par un trublion de la politique, c’est à croire, qu’hormis au Front National, il n’y a dans ce pays que des politiciens émasculés.
Dès 2001 la Cour des Comptes a entrepris de s’intéresser à l’EDF** mais 4 années plus tard la montagne est bien loin d’accoucher. La CGT peut impunément continuer à mettre cette entreprise en coupe réglée – expression bien entendu figurée – le ménage n’est pas prêt d’être fait quand on voit qu’à la SNCM le PDG nommé par l’État et dûment informé n’a pas jugé utile d’éclairer la lanterne de ses actionnaires en diligentant une enquête malgré la gravité des faits.
On comprend les défenseurs du service publique à la française, et on compatit pour les futurs privatisés : imaginez de devoir travailler sans pouvoir arrondir ses fins de mois c’est une perspective à faire défiler tout ce que le pays compte d’assistés.
Si Sarkozy prétend jouer la rupture il serait bien avisé de ne pas laisser à Le Pen l’exclusivité de la contestation cégétiste ; ou alors il pourrait bien être la prochaine victime du premier tour de 2007.
· "Service public, Pourquoi ça coince", Philippe Galy, éditions Eyrolles, juillet 2005, 19€
** http://www.globenet.org/aitec/reg/actualites/justice.htm