Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Surprenante cohabitation d’une réalité et d’une illusion, d’une France d’en bas et d’une cynique manipulation, la fête de l’Huma survit, tel le résidu d’une utopie que l’on croyait avoir enterrée à Berlin depuis la chute du mur. Signe que son ancrage n’avait rien d’artificiel, l’espérance que le socialisme peut toujours poindre sous les décombres du capitalisme, même rebaptisé libéralisme, restera probablement le mystère le plus épais de ce début de XXI siècle.
Admiratif de la mécanique impitoyable du matérialisme dialectique je n’ai dû mon salut qu’à mon incapacité à en accepter les prémisses. Difficile d’être communiste quand on est génétiquement aussi individualiste. Bien m’en a pris, à voir l’impossibilité de ceux qui ont mis le petit doigt dans l’engrenage à sortir lucide de cette machine à broyer les consciences. Car dès que la fin justifie les moyens, peu importe leur analyse, ils sont condamnés à admettre que le système a raison malgré tous les faits qui le contredisent. Seul Arthur Koestler avec le « Zéro et l’infini » peut les en guérir. Encore faut-il le lire.
Et c’est bien ce qui étonne à la fête de l’Huma. Cette foule, bigarrée, souriante, bonne enfant communie-t-elle avec les thèmes les plus éculés de la religion communiste, ceux qui sont ressassés de stands en forum, de discours en débats ? Se raccrocherait-elle encore au passé d’une illusion ?
Comment des gens cultivés, intelligents, parce qu’il y en a aussi, jeunes pour beaucoup, peuvent-ils adhérer aujourd’hui à un système qui a détruit tout ce qu’il a entrepris, qui a spolié, ruiné, assassiné comme aucune autre idéologie, aucune autre pandémie ? Quel succès socialiste, communiste mérite-t-il d’être commémoré, exploité pour faire déplacer une foule digne d’un Karol Wojtila à l’époque de Cracovie ?
Le parallèle n’est pas fortuit : communisme et catholicisme ont longtemps fait bon ménage au pays de Jean Paul II, comme au pays de Voltaire ! Les deux promettent pour plus tard ce fameux monde meilleur, cet objet de toute leur sollicitude et leurs ouailles respectives connaissent si bien la chanson qu’elles reviennent écouter religieusement leurs grands prêtres leur tenir inlassablement le même discours, avant de s’en retourner gentiment, à la maison, attendre la prochaine invitation à venir rêver à cette grande illusion.