Décryptage sans complaisance de l'actualité.
Les scrutins à deux tours ont-ils encore un avenir ?
La question semble incongrue tant dans ce pays on est habitué à se déplacer aux urnes deux dimanches de suite pour désigner nos maires, nos députés, notre président. C’est l’exception française, puisque la plupart des démocraties disposent de lois électorales assurant l’élection après un seul round.
On ne compte plus le nombre de lois électorales dont le pays s’est doté. En face de la stabilité des modèles américains, anglais, allemands, notre versatilité électorale autorise les candidats à préconiser un ultime ( ?) changement profond de notre mode d’élection. Peu importe que ce changement s’inscrive dans un projet plus vaste de réformes des institutions ou pas. L’objectif est de mettre un terme à la tyrannie des sondages. Or seule l’élection à un tour permet d’y parvenir.
Dans le système actuel, le sondeur dispose d’un pouvoir d’influence considérable. Les manipulations révélées sur ce blog, celles détectées par l’institut de contrôle et reprises dans le Monde prouvent qu’aucune éthique, ou règle morale n’empêchera un institut d’agir au profit de ses clients.
Créer un engouement Bayrou, Royal ou tout autre n’est qu’affaire de gros sous. Mais plus grave encore le sondage, même effectué sur des bases équitables, conduit l’électeur éclairé à pratiquer le vote « stratégique ».
Expliquons nous. La proximité révélée, en mai 2002, par les derniers sondages entre les scores de Jospin et de le Pen pour la deuxième place qualificative, conduisait logiquement le partisan du président sortant à voter Le Pen pour mettre Jospin en troisième position. Suffisamment nombreux furent les électeurs de Chirac qui pratiquèrent ce vote « stratégique » au premier tour pour lui assurer une victoire imparable au second.
Actuellement nombreux sont les électeurs de Sarkozy qui craignant un duel Sarkozy Bayrou au second tour, dont l’issue est annoncée fatale à l’UMP, s’apprêteraient à voter Royal au premier tour pour éviter le risque de cette configuration.
Il ne s’agit dès lors plus de choisir au premier tour et d’éliminer au second, selon la formule prêtée à Mitterrand, mais d’éliminer au premier sur la base d’informations tronquées, voire manipulées. Le résultat du second tour ne sort dès l’instant plus des urnes mais peut résulter des officines de sondage, bras armés d’État major des partis politiques.
L’interdiction des sondages dans le monde de l’Internet ne pouvant pas même être imaginée, la solution pour redonner au suffrage universel sa valeur démocratique passe par la suppression des élections à deux tours. On doute que les instituts de sondage vous posent jamais la question ...
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